Vanessa Cabasson, consultante en Architecture et Urbanisme partage avec nous ses observations et sa vision pour le futur de notre environnement construit.

Nous reprenons ici l’article publié sur TV83.info

Vanessa Cabasson, consultante en Architecture et Urbanisme « Cabasson Design » à Bandol, est spécialisée dans l’architecture classique et traditionnelle avec une expérience internationale en design architectural et en urbanisme.  Elle partage avec nous ses observations et sa vision pour le futur de notre environnement construit.

Tv83.info : Sur le thème de l’environnement construit, qu’est-ce qui est le plus inquiétant pour notre région?

Vanessa Cabasson : Ce qui est le plus inquiétant pour nos villes et nos villages aujourd’hui est la cadence incroyable avec laquelle nous sommes en train de les effacer.  Il y a une perte importante de l’esprit de l’endroit et le sentiment d’appartenance.  Ce qui est fondamentalement en danger est la perte d’un sens de la communauté.
Nous sommes d’accord qu’il n’y a rien de plus monotone qu’un habitat uniforme et identique dans toutes nos régions.  Néanmoins nous sommes en train de créer un habitat qui est envahi par des constructions spéculatives à court terme, des développements et des espaces publics de solution rapide qui ne sont pas sensibles à leurs contextes géographiques, culturels, et historiques.  On continue de créer un environnement construit qui est banalisé et normalisé comme tous ces hôtels d’un concept standard que l’on retrouve du nord au sud, au point que l’on ne sait plus où se situer.  On doit simplement se poser la question, est-ce que l’on veut la même silhouette pour chaque ville?

On continue de consulter des experts pour niveler le terrain.  Mais c’est le paysage qui met en valeur nos bâtiments.  On doit être reconnaissant de pouvoir appeler les villes et les villages comme Bandol notre chez nous.  Ce sont la beauté naturelle et l’environnement de cette région qui nous attirent.  Par conséquent, la manière avec laquelle l’environnement construit interagit avec le monde naturel est primordiale.  Or, petit à petit, on continue d’ignorer et de tourner le dos aux contextes géographique, culturel, et historique de tels endroits.  On est en train d’effacer petit à petit tout ce qui donne son charme à Bandol.

C’est ce qu’on fait lorsque l’on détruit la colline en coupant la pierre pour recevoir des appartements qui, manifestement, sont simplement du copier-coller tirés d’un répertoire de typologies et de matériaux préfabriqués.  C’est ce qu’on fait quand les conceptions des bâtiments tournent physiquement le dos à l’environnement du domaine public (les rues, les squares).  C’est ce qu’on fait quand on crée des bâtiments qui ignorent complètement le traitement du toît.  Le toît est souvent oublié, mais il reste une partie intégrale de la vue générale des endroits comme Bandol.  Ce manque de considération démontre essentiellement un non-respect de la communauté, qui se cache bien sûr toujours derrière l’argument du coût.

Quand on dépense de l’argent pour la construction et pour la création des espaces publics, on doit investir intelligemment.

L’aspiration pour les bâtiments et les espaces publics de nos villages (et il en va de même pour nous les êtres humains aussi) est qu’ils vieillissent avec dignité.  C’est la manière par laquelle un village est organisé, conçu, et construit, qui fait que le village a une capacité inhérente à durer.

Mais peu d’architectes, de maçons, d’urbanistes, et d’administrations municipales aujourd’hui considèrent la relation entre le bâtiment et le temps.  Ils cherchent même à exclure l’élément du temps de leurs projets.  C’est possible, cependant, de créer une architecture qui n’est pas seulement intemporelle, mais qui s’améliore avec le temps.

C’est civiquement irresponsable que l’architecture d’aujourd’hui soit traitée et regardée comme une technologie, une marchandise banalisée et standardisée.  Une conséquence de tels produits aujourd’hui est qu’ils ont un élément d’obsolescence intégré qui exige leur remplacement éventuel.  Le pire c’est que nous sommes arrivés au point où c’est considéré comme normal et accepté.

Quand on crée des bâtiments qui sont libérés de la nécessité de définir la rue et donc libérés de la nécessité de respecter tout ce qui existe déjà autour du site, ils sont libres de déchirer le vieux tissu urbain.  L’architecture est une image parfaite de la situation actuelle et malheureusement on est en train de découvrir nos villes et nos villages d’aujourd’hui blessés par des structures abstraites, surdimensionnées, et gênantes qui ont du mal à gagner notre affection.

Ce n’est pas surprenant, donc, qu’aujourd’hui les chantiers et les panneaux d’affichage des permis de construire sont, en général, ressentis comme des menaces au lieu de promesses pour les choses à venir.

Tv83.info : Pourquoi doit-on s’intéresser aux projets d’architecture et d’urbanisme qui, selon nous, ne nous concernent (peut-être) pas directement?
Vanessa Cabasson : L’architecture et l’urbanisme sont au cœur de notre vie quotidienne, même si nous ne nous en rendons pas compte, et de ce fait il est crucial de trouver le juste équilibre entre le bien individuel et le bien commun.  C’est seulement quand un tel équilibre est réussi que nous pouvons parler d’un projet ou d’une construction qui est approprié et qui est joli.

Les bâtisseurs de nos villes sont ceux qui investissent en la propriété urbaine et en son amélioration.  Ce sont les architectes, les entrepreneurs, les municipalités, et les citoyens qui contribuent par le vote et les impôts.  La stabilité au long terme de cet investissement dépend de la qualité de l’amélioration.  Elle dépend des critères de qualité contre lesquels la communauté se tient. Ces critères déterminent la différence entre la simple spéculation et le bon développement urbain.  La ville est une institution permanente et le bon investissement urbain est synonyme de la continuité de ses valeurs.

La forme de la ville et de ses espace publics ne peuvent pas être le sujet d’expériences arbitraires.  La ville n’est pas un laboratoire.  Ses bâtiments et  ses espaces publics doivent présenter un caractère permanent et familier, avec des dimensions et des proportions fondées sur des principes qui ont fait leurs preuves à travers le temps.

De la même façon que des personnes, des objets, ou un environnement peuvent nous remplir de la joie ou nous voler toute notre énergie, les bâtiments le peuvent aussi.  Des bâtiments et des espaces ne sont jamais neutres.  Ils ont un effet soit positif soit négatif.  Nous sommes tous attirés par certains bâtiments et espaces et nous sommes dégoûtés par d’autres.  Combien d’entre nous se retrouvent à détourner le regard quand on traverse une ville?  L’architecture nous impacte et c’est pour ça que l’architecture est importante pour nous tous.

Tv83.info : Comment l’architecture traditionnelle peut-elle impacter positivement le tourisme d’une ville?  Nous nous demandons toujours: Comment pouvons-nous attirer des gens à cette région et comment pouvons-nous les faire revenir ou même rester?

Vanessa Cabasson : Les villes et villages, comme Bandol, dépendent énormément du secteur du tourisme.   Cela en soi présente un argument extrêmement fort pour choisir l’architecture et l’urbanisme traditionnels.  L’architecture traditionnelle est la philosophie de la construction simple et rationnelle, qui utilise des matériaux naturels et locaux, et qui est adaptée au contexte physique et social.

Quand les gens voyagent, en général, ils veulent découvrir des lieux différents dans leur authenticité.  La cuisine locale est un exemple parfait.  En voyageant, les gens aiment, souvent, découvrir la cuisine locale.  Quel effet pourrait avoir la perte effrénée de la cuisine traditionnelle remplacée par des fast-food et des chaînes multinationales sur le tourisme de nos villes?

Sans valeurs qui perdurent tout est accepté.  Il n’y a pas de construction, pas d’architecture, pas de villes, sans la continuité de la tradition.  Nous devons adopter un intérêt et un respect pour l’unicité de l’endroit et de la culture dans la continuité de la forme urbaine.

De plus, en assurant la continuité de la forme urbaine dans nos villages traditionnels, on assure intrinsèquement la continuité de l’activité tout au long de l’année, et pas uniquement pendant la saison touristique.  Un village conçu avec considération ne s’allume pas et ne s’éteint pas avec l’afflux des touristes une fois par an.

L’urbanisme réussi aspire à être varié, flexible, et animé en créant un endroit avec un mélange socialement réussi d’habitations, de commerces, et de magasins.  L’objectif est de créer un endroit avec une silhouette variée et distinctive qui aura une utilité publique tout au long de l’année.

Les principes urbains de la ville traditionnelle peuvent rendre un endroit réussi, sûr, ouvert, et accueillant, tout en étant attractif pour les résidents, les commerces, les employeurs, et les visiteurs, car sa conception est fondée sur l’échelle humaine, la variété, un esprit de l’endroit, et un sentiment d’appartenance.

Tv83.info : Quel est le plus grand défi concernant l’avenir de notre environnement construit?

Vanessa Cabasson : Nos villages et nos villes doivent être construits solidement et merveilleusement.  Ils ne peuvent pas être manufacturés comme de simples produits destinés à être consommés en cinq ou dix ans.

L’architecture et la construction ne sont pas des objets de consommation mais des objets d’utilité.  Ils peuvent seulement être créés en vue d’avoir une permanence matérielle.  Sans une telle permanence, sans l’architecture qui transcende la vie de ses bâtisseurs, il n’y a aucun espace public, ni aucune expression collective, comme l’art, qui est possible.

La forme de la ville et de ses espaces publics ne peuvent pas être une question d’expérimentation personnel.  Ils doivent présenter un caractère permanant et familier, ses dimensions et proportions vérifiées par une culture de tradition.

Si nous souhaitons améliorer l’environnement construit cela exige de tous, des citoyens, des leaders des différents secteurs, des investisseurs, et des municipalités d’assumer cette responsabilité avec une vision, avec intégrité, et avec la volonté déterminée de servir l’intérêt public.

À Bandol, Pierre Lerat, qui se présente aux élections municipales, a cette vision d‘ensemble sur le long terme pour sa ville avec un désir de renforcer le sentiment de communauté plus fort.

Avec une telle approche pour la ville, en forme d’un plan d’ensemble, Pierre Lerat guidera les futurs chantiers à contribuer à l’embellissement et à l’amélioration de la ville et du paysage.  Dans un plan d’ensemble, le plan, la silhouette de la ville, et l’architecture des quartiers urbains sont définis.  Ce n’est pas un projet architectural.  C’est une condition pré-existante pour l’intégration des projets d’architecture dans un canevas urbain et cohérent.  C’est l’instrument nécessaire pour maintenir l’harmonie de l’ensemble.  L’absence d’une telle vision nous conduit à des erreurs monumentales.

Il est clair que Pierre Lerat est connecté à sa ville.  Il l’écoute.  Il comprend que nous devons adopter un intérêt et un respect pour l’unicité de Bandol dans la continuité de sa forme urbaine.  Il est reconnaissant de pouvoir appeler une telle ville comme Bandol son chez-soi et il reconnaît les belles opportunités qu’elle nous offre, chaque jour, dans toutes saisons.